
Et maintenant, un scoop !
Nous avons découvert il y a bientôt vingt ans une
propriété de certains cartons-plume que nous avons mise à profit pour nous
faciliter la tâche, et que nous utilisons couramment : le PELAGE du
carton-plume ! Attention, tous les cartons-plume ne se pèlent pas, et à
vrai dire, les techniciens de la maison Canson eux-mêmes ignoraient cette
caractéristique (qu’ils n’avaient pas recherchée et dont en réalité ils
n’avaient rien à faire !) Le seul carton-plume facilement pelable à notre
connaissance est le
CANSON-PLUME “ Domino ”.
Il existe en plaques de 5 mm
d’épaisseur, et la mousse à l’intérieur est de couleur grise. À Castres,
l’annexe “ Beaux-Arts ” de La Maison du Peintre, entre la gare et le pont de
Grèle, en a toujours un petit stock.
Mais pourquoi peler du carton-plume ?
Tout simplement pour mettre à nu la surface de mousse grâce à laquelle
nous allons faire des miracles.
Allez ! Passons à la pratique.
Découpons d’abord un rectangle de carton-plume de la bonne dimension [fig. A1]. Le découpage se fait au cutter, avec une lame bien affûtée (n’hésitez pas à la rafraîchir régulièrement), le long d’un réglet en fer. Attention au bout des doigts qui tiennent le réglet et qui dépasseraient : le cutter est sans pitié ! Veillez à tenir votre lame bien verticale pour obtenir des coupes perpendiculaires. Dans ce rectangle, découpons les ouvertures (portes, fenêtres...). Plus l’ouverture est petite, plus c’est délicat, parce qu’il faut éviter de prolonger les coupes au-delà des angles, et que la lame de cutter est parfois presque trop grande. N’oubliez pas que seule la partie extérieure a besoin d’être coupée très proprement. On peut toujours retailler au dos pour finir une coupe sans abîmer la façade. Dans cette ébauche, détourons maintenant la zone crépie en entamant seulement la première feuille de bristol pour la séparer des chaînages, du soubassement, des entourages de la porte et des fenêtres [fig. A2]. Ceci fait, Avec la pointe du cutter, soulevez un angle, décollez-le de la mousse puis tirez régulièrement pour peler la partie découpée. Voilà, la mousse est maintenant à nu, avec son aspect de crépi, mais pas la bonne couleur, évidemment. Nous aborderons la peinture un peu plus tard [fig. A3] On peut d’ores et déjà compléter l’habillage [fig. A3 bis] en plaquant l’embrasure des portes et fenêtres avec des bandes de bristol, en ajoutant des appuis de fenêtres, etc.... La question va maintenant se poser de l’ajustage entre eux des murs
perpendiculaires. Nous avons expérimenté plusieurs solutions, et nous
utilisons l’une ou l’autre selon les besoins.
Le premier système, le plus difficile,
consiste à biseauter les angles à 45 degrés [fig.
B1].
Il existe des appareils pour guider la lame du cutter dans cette opération,
mais ils sont plutôt chers et nous ne les avons pas essayés. On peut, si on
a le compas dans l’œil et la main sûre, y arriver à main levée, en suivant
un réglet bien positionné. Ce procédé permet un ajustage discret des murs à
pierres apparentes.
Pour les murs à crépi lisse ou peints
(carton-plume non pelé), le second système [fig.
B2] consiste à découper à
l’arrière de la façade une gorge juste de la largeur de la façade contiguë
(5 mm). Le joint se limite alors à l’épaisseur du bristol de surface. Pour
des bâtiments qui auraient des chaînages d’angles en relief, on peut aussi
tout simplement coller un L de bristol qui cache le joint [fig.
B3]. Ce dernier système est
valable aussi bien pour les façades “ lisses ” (non pelées) que pour les
façades crépies (pelées) [fig.
B3 bis].
Abordons maintenant une
qualité du matériau qui, de notre point de vue, le rend irremplaçable. Déjà,
le fait de peler le carton-plume permet d’obtenir une surface dont la
texture évoque remarquablement le crépi. Mais cette mousse est tendre, et
elle se laisse volontiers graver (ou, pour mieux dire, estamper) pour
représenter des pierres de toutes sortes, des briques ou des parpaings...
Bien sûr, c’est un travail de Bénédictin qui vous attend, pour peu que vous
souhaitiez représenter une grande surface, si vous gravez les pierres une à
une. Mais la patience est une de nos vertus principales, et c’est quand même
plus commode que de graver les pierres dans du plâtre comme font beaucoup de
modélistes. Le mieux est de se fabriquer d’abord une série de poinçons de
tailles et de formes différentes, que vous utiliserez soit l’un ou l’autre
pour des murs réguliers, soit en panachant pour des murs rustiques, bâtis en
“ tout venant ” [fig.
D1
et 2].
Ces poinçons, en général plus ou moins
rectangulaires, mais on peut imaginer toutes les formes, nous les fabriquons
très simplement en pliant des plaques de tôle fine (style boîte de conserve)
[fig. C]
Et plus petit, c’est possible ? Un puits, dans les 2
cm de diamètre ? Non. La feuille de mousse de carton-plume, surtout
affaiblie par l’estampage des pierres, casserait certainement. Mais il y a
d’autres solutions ! [fig. E]
Que des qualités, on vous dit ! Pour ce qui concerne la peinture, pas de problème non plus. Si l’aquarelle ne “ prend ” pas très bien sur la surface non pelée ni sur la mousse, la gouache, les peintures acryliques ou les “ petits pots ” de peintures pour modélistes font merveille. Nous utilisons surtout la peinture acrylique, très peu délayée, qui bouche les pores de la mousse et la renforce Maintenant, à vous de jouer ! Et peut-être de découvrir des utilisations du carton-plume que nous n’avons pas imaginées ? Cela n’aurait rien d’impossible, vu l’intérêt du matériau.En tout cas, nous, on en est fous ! Texte et dessin de Michel VIERS |
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